mercredi 13 février 2008

Retour en hiver

Il faisait sérieusement beau à Londres ; en fait j'avais un trop gros manteau. Le dernier jour j'étais à Regents' Park et je me suis assise un peu. Il y avait des canards qui barbotaient dans l'eau, au milieu des rayons de soleil. Je pensais encore à mes langues (le son était plein d'idiomes étrangers dans ce parc), à cette maladie qui rongeait paradoxalement l'anglais de par son utilisation hypertrophiée. Peut-être y reviendrai-je dans une future entrée.

Ici en revanche le froid est tranchant et humide. J'aime ces retours de voyage, car l'on est pris malgré soi d'une sorte de maniaquerie de l'ordre ; on se sent comme vidé de tout sentiment, prêt à liquider ses devoirs les uns après les autres sans crainte d'être perturbé par un caprice soudain ou une apoplexie de paresse.

Je suis allée à la bibliothèque pour préparer les textes à partir desquels nous allons faire du thème (tchèque > français) avec Marta. Marta étudie le français à Olomouc, pas tant la littérature et la civilisation comme chez nous aux LO, que l'économie et la politique dans le texte, et moi je lui donne le vendredi des cours composites de soutien en langue. Je feuilletais ainsi ces bouquins français, classiques faciles que l'on lit le plus souvent dans la jeunesse, ce qui me replongeait dans la mienne. La prochaine fois que je serai déprimée, pourvu que ce ne soit pas trop tard le soir, je crois que j'irai m'exiler dans le fond de ce deuxième étage pour me taper un peu de Tournier, Verne, Daudet etc. Je l'ai peut-être déjà dit ; j'ai au fond une fascination inextinguible pour les livres, et davantage encore pour ceux qui servent de support à la littérature de fiction. C'est par pure paresse et mauvaise habitude que je ne lis plus autant que j'ai pu le faire à une époque... Un livre traîne à ma portée, je l'ouvre et je le lis. On ne me connaît pas plus que pour m'avoir vue à quelques soirées en chambre, que l'on se moque déjà de moi et de ma propension à contempler tout ce qu'un lieu possède d'écritures : cartes postales ou de vœux, post-its, pochettes de CD, polycopiés d'exercices de tchèque, supports imprimés de cours, guides touristiques, livres en tant que tels évidemment, qu'importe la lanque dans laquelle ils sont rédigés, tout y passe et m'absorbe, tandis que le reste de la compagnie continue à bavarder, à boire et à fumer.

Je note que je suis ridiculement fière de ce bouquin qui trône sur mon étagère par-devant ses semblables. Parce que son auteur est Łohutko, et qu'il me plaît vivement de considérer la potentialité que quelqu'un y reconnaisse son nom... et moi de répondre : mais oui, c'est son fils, c'est mon ami. (L'orgueil que j'éprouve à son égard sans doute n'est communicable qu'à ceux qui le connaissent et l'estiment de même.) J'ai par ailleurs éparpillées sur ma table d'autres choses qu'il m'a laissées, ce bouquin de Szczygieł, des CD gravés (trois films respectivement polonais, italien et de Fassbinder). Je me rappelle m'y être une fois référée comme à des objets qu'il m'aurait "donnés". Je l'avais dit sans y penser, en songeant simplement au geste physique, celui qui les avait fait passer de ses mains aux miennes... Mais lui m'avait sitôt reprise, avec un peu d'ombrage, objectant qu'il me les avait en fait "prêtés" (sauf le livre de son père, dont ils ont encore beaucoup d'exemplaires). Ajoutant, très gravement, qu'il ne pouvait consentir à la responsabilité de me faire "de tels cadeaux" (sic).

Il y a de ces moments dans la vie à la fois mystérieux et fragiles, c'est-à-dire où l'on se sent environné de quelque chose d'invisible en même temps que menaçant ; menaçant non pas tant de nous porter atteinte que de s'auto-détruire, que de tomber en pièces, à la moindre atteinte que nous lui porterions. En pareils cas l'on s'incline, l'on se recueille en quelque sorte, l'on prie la divinité inconnue que l'on a manqué profaner. À ce propos, puisque cela m'y fait penser, j'aime précisément Gombrowicz pour la justesse avec laquelle il touche ces zones insondées, mi-effrayantes mi-grotesques, de la sensibilité.

"[...] gdzieś na spodzie czaiło się dręczące posądzenie, iż żona i przyjaciele, nawet młodsza w fertycznym czepeczku, dorozumiewają się czegoś, a ja jestem na kuracji i na obserwacji. Bo inaczej jakże wytłumaczyć... takie dziwne okrucieństwo... że za często może, za dokładnie myli zęby, zbyt surowo szorowali te zęby, za śpiczaste, zdawało się, nosili pantofelki, zbyt błyszczące lakierki. Żona na przykład kąpała się co dzień i, jak myślę, nie bez pewnej tyrańskiej intencji. Za dużo w tym było okrucieństwa, a za mało serca, za dużo jakiejś zimnej hydroterapii."

(in "Na kuchennych schodach")

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