En fin de compte j'ai craqué. Je veux dire par là que je me suis désinscrite de mon cours d'écritures du monde, parce que si classe que ce soit de savoir lire les hiéroglyphes, j'ai beaucoup d'autres chats à fouetter en ce moment. Et j'ai promis que je ne décevrai pas. Enfin, du moins pas trop. Cela me fait une heure et demie de plus pour dormir (potentiellement) le jeudi matin, et je ne crache pas dessus. Plus moins de petits devoirs à la con répartis le long de la semaine, et que j'ai la fâcheuse tendance d'oublier de faire.
(Me contredire d'une entrée à l'autre devient une habitude dont je ferais mieux de me méfier.)
En revanche, j'assiste à un cours en slovaque. Et même que je le comprends. À l'exception de quelques termes, que du reste je pourrais aussi bien ne pas saisir en tchèque, je réalise avec stupeur que je comprends le slovaque, c'est-à-dire une langue étrangère que je n'ai jamais étudiée, dans le bain de laquelle je n'ai jamais séjourné. En fait, il suffit que je cesse de contempler l'amusement que me provoque cette déformation orientale du tchèque (oh, oui ! car le slovaque, comparé au tchèque, sent l'Orient à plein nez...), fourrée de grammaire et de mots polonais, de sonorités à la russe. Avec leurs "ri" et leurs "re". Savez-vous comment l'on dit "se rencontrer" en slovaque ? Eh bien comme en russe, mes petits, comme en russe. Ou disons comme en russe, mais en slovaque. Il suffit donc, disais-je, que je cesse de concentrer mon attention sur les baroqueries de la langue, et que je me laisse, sans y penser, presque à mon corps défendant, imprégner par la signification de ses paroles. Le déchiffrage est naturel, pourvu que je n'y songe point ; il est même, ajouterais-je, si naturel, que lorsque le professeur parle slovaque moi je prends des notes en tchèque.
Il faut dire que je ne sais simplement pas écrire le slovaque. Ils ont des signes diacritiques en plus, d'autres en moins, des lettres qui dans les mêmes circonstances qu'en tchèque se prononcent différemment. Je soupçonne par exemple leur e d'être très "à la russe", en ce sens qu'en suite de consonnes aisément palatalisables, il les palatalise en effet. Le ě n'existe pas en slovaque, quoiqu'en réalité, ce ne soit pas le 'e mouillé qui soit absent, mais plutôt au contraire le e dur, qu'ils ne conçoivent pas. Tout e pour un Slovaque, comme pour un Russe, est mouillé. (Le [e] ouvert dur russe est en effet une lettre distincte du e latin.)
Bien sûr je présume seulement. Ou comme l'on dit judicieusement en anglais, I'm only assuming. Le slovaque, je l'ai déjà dit, est une langue que je n'ai jamais étudiée. Elle ne m'en fascine pas moins. Comme pour le latin, je m'émeus toute seule en en imaginant, en en rêvant les contours que j'ignore.
Je ne vais pas à la grande soirée Erasmus aujourd'hui, car j'en ai bien la flemme. Pourquoi dépenser de l'argent et du temps, quand on en a si peu que moi, pour une affaire pareille ? Il paraît que celle du premier semestre n'était même pas si terrible que ça. Non qu'il soit raisonnable de tenir compte d'un jugement subjectif pour se faire une idée juste d'une party en nightclub, mais en l'occurrence c'est justement cette subjectivité forcée, ce succès aléatoire qui me blesse. Ne suis pas dans l'humeur de jouer avec mes propres sentiments.
Mon Dieu ; les Polonais, une fois que l'on y a goûté, peut-on s'en passer ? C'est une ridicule addiction.
jeudi 28 février 2008
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