Mettons que ma relative frénésie à apprendre des langues étrangères dissimule au fond une certaine impuissance à communiquer et à m'exprimer, à laquelle je tente par là vainement d'échapper. J'ai recommencé à écrire et j'ai recommencé à écrire en anglais, un truc auquel je ne m'étais pas essayée depuis plus de trois ans. Avec un peu de volonté, après s'être remise dans le bain, j'estime que mon niveau d'anglais est à peu de chose près équivalent à celui que j'avais alors. L'impression de handicap, d'insensibilité nerveuse liée au caractère non-maternel de la langue est identique. Le soulagement compensatoire, en revanche, à défaut d'avoir disparu, s'est réduit comme une peau de chagrin. J'écrivais auparavant en anglais avec le sentiment d'y trouver une liberté et un pouvoir que je n'avais pas en français... Désormais celui-ci a trouvé son pendant. La non-traductibilité est à double-sens, et je ne me satisfais plus de l'anglais, pas plus que du français, qui toujours pèchent en étant l'un sans être l'autre.
À la place de lire les bouquins au programme de mon cours de littérature (à commencer par Bruno Schulz, qui m'effraie... parce qu'il rend tolérable une façon d'écrire qui ne doit pas l'être !), j'ai feuilleté, c'est-à-dire lu de bout en bout mais en sautant des passages, "Pravidla Vášně", qui n'est autre que la traduction tchèque du roman de Bret Easton Ellis, "The Rules of Attraction". Hérésie ! a-t-on envie de crier ; un livre dont on peut lire la version originale ne souffre pas d'être lu traduit ! (En même temps je n'avais pas trop le choix, puisqu'ils n'avaient pas la version anglaise.) Néanmoins j'ai bien aimé. Je lisais les dialogues dans ma tête avec l'intonation tchèque, et ça passait rudement bien aussi. "Fakt, jo?" "Jasný." Ça et puis j'ai appris pas mal de mots utiles, qu'on ne trouve pas sur seznam.cz. "Tak s kým mrdáš?"
Ce n'est même pas mon genre de littérature, Ellis. Très peu pour moi, en fait, dans un sens. Et quand je le lis en anglais, je me dis que j'ai tort de me torturer avec mon style, qu'en anglais le mien vaut bien le sien. Encore une fois ce qui importe est le fond. Genre il avait de temps en temps des petits éclairs, le Bret, qui me faisaient exploser de rire, surtout quand il fait parler Paul. J'aime bien Paul.
À propos d'anglais, je me suis décidée à aller travailler l'été prochain en Angleterre. Mais franchement éviter les boulot de serveuse, si je peux. Vous me direz, qu'est-ce que je veux donc faire à la place ? Sauf que je vous répondrai que ça me regarde, que c'est mon secret, et que des secrets comme ça j'en ai plein, non mais s'il y en a qui se figurent que je raconte tout sur mon blog... Je ne suis pas George Orwell, moi : je ne condense pas en quelques mois l'expérience de six ans. J'étale bien plutôt en labeur de six ans l'expérience de deux mois. Bizarrement j'ai envie de bouffer du gâteau.
lundi 26 novembre 2007
samedi 24 novembre 2007
Acte manqué
C'est l'expression exacte et parfaite pour décrire ce qui m'est arrivé ce soir, à savoir comment j'ai réussi à rater la séance du film de Buñuel (Le charme discret de la bourgeoisie + Un chien andalou), qui était déjà complète quand je me suis pointée au cinéma.
dimanche 18 novembre 2007
Jour du Seigneur
Il y a dix ans (en 1997, donc), le 31 octobre (si ma mémoire est bonne), j'ai ouvert un cahier vierge et j'ai écrit. L'heure qu'il était. Je, soussigné, déclare qu'aujourd'hui la vie change, qu'aujourd'hui commence la vraie vie. La vraie vie, c'est la littérature, comme disait Proust. Le 31 octobre 1997 à 21:07, j'ai ouvert un cahier et j'y ai écrit les grandes lignes de l'histoire que j'avais soudain l'intention d'écrire.
J'ai découvert grâce à Mériadek le mécanisme du remontage de moral. C'est formidable, car dès lors il suffit d'appliquer la recette à chaque fois que cela s'avère nécessaire, sans plus avoir à perdre son temps et son énergie sur des fausses pistes et dans des plans foireux. La recette en question s'énonce comme suit : ne pas parler de son mal-être aux gens. Faire autre chose. Déjà, les gens n'y peuvent rien. Inutile et débile de les impliquer dans un truc qui les dépasse, qui les frustre, qui leur casse les burnes et qui risque à la fin de les déprimer aussi. Puis ce n'est pas en parlant de quelque chose qu'on oublie. Or le but est bien d'oublier, lorsque c'est chronique et que le lien avec la réalité est en fait assez ténu : exorciser, analyser, tout ça, c'est déjà fait. Ça n'empêche pas les fantômes de revenir. Donc voilà, faire autre chose, se taper un délire, partir dans un trip.
Car c'est cela, figure-toi, qui au fond me manque ici. Des gens avec qui sortir de la platitude du quotidien, de la conversation de convention, des idées répétées, usées. Il me manque des gens fous, fous des mêmes trucs dont je suis folle, moi. Mériadek est le type même du gars avec qui l'on peut se taper trois heures sur un même sujet, sans jamais cesser de surenchérir. Et c'est dément, je trouve, qu'encore aujourd'hui, après le volume cumulé de toutes les conversations qu'on s'est tapé pendant toutes ces nuits blanches, on arrive encore à se découvrir des sortes de "points communs" jusqu'alors inconnus.
C'est dimanche soir et je me sens bien. J'ai séché toute la semaine qui vient de passer et j'en suis incroyablement satisfaite, mais j'ai à présent même hâte de retourner demain en cours, juré. Putain et je sais que si seulement je me mettais à lire tous ces bouquins, ça me passionnerait. Qu'on ne me demande juste pas d'écrire des rapports dessus, Bon Dieu.
Comme une clocharde, je suis allée bouffer dans le couloir des salles informatiques 24/7 de la Faculté de Médecine (les distributeurs sont là et te vendent tout ce dont tu as besoin pour être heureux). Ensuite j'ai vu Terka l'après-midi ; on a parlé tchèque, étudié un peu de grammaire anglaise, lu Vančura, et je lui ai parlé de mon envie de me joindre à un groupe de théâtre en tchèque. Elle a dit qu'elle se renseignerait pour moi. Ce soir Kathleen est allée voir les camarades Aussies pour préparer la présentation de mercredi, ce qui m'a fait un peu de vacances (j'ai décidément désespérément besoin de solitude et de tranquillité ; ne serait-ce que pour me livrer à tous mes rituels honteux en paix). J'ai maté du Dawson's Creek sur YouTube (c'est la faute de quelqu'un qui m'a remis cette série de notre adolescence dans le crâne ! et dans une humeur nostalgique comme est la mienne ces temps-ci, c'est juste impossible de résister à la tentation de s'y replonger...), j'ai bouffé, j'ai pris une douche. Vive la douche. La douche nous sauvera tous, pécheurs impénitents.
J'ai découvert grâce à Mériadek le mécanisme du remontage de moral. C'est formidable, car dès lors il suffit d'appliquer la recette à chaque fois que cela s'avère nécessaire, sans plus avoir à perdre son temps et son énergie sur des fausses pistes et dans des plans foireux. La recette en question s'énonce comme suit : ne pas parler de son mal-être aux gens. Faire autre chose. Déjà, les gens n'y peuvent rien. Inutile et débile de les impliquer dans un truc qui les dépasse, qui les frustre, qui leur casse les burnes et qui risque à la fin de les déprimer aussi. Puis ce n'est pas en parlant de quelque chose qu'on oublie. Or le but est bien d'oublier, lorsque c'est chronique et que le lien avec la réalité est en fait assez ténu : exorciser, analyser, tout ça, c'est déjà fait. Ça n'empêche pas les fantômes de revenir. Donc voilà, faire autre chose, se taper un délire, partir dans un trip.
Car c'est cela, figure-toi, qui au fond me manque ici. Des gens avec qui sortir de la platitude du quotidien, de la conversation de convention, des idées répétées, usées. Il me manque des gens fous, fous des mêmes trucs dont je suis folle, moi. Mériadek est le type même du gars avec qui l'on peut se taper trois heures sur un même sujet, sans jamais cesser de surenchérir. Et c'est dément, je trouve, qu'encore aujourd'hui, après le volume cumulé de toutes les conversations qu'on s'est tapé pendant toutes ces nuits blanches, on arrive encore à se découvrir des sortes de "points communs" jusqu'alors inconnus.
C'est dimanche soir et je me sens bien. J'ai séché toute la semaine qui vient de passer et j'en suis incroyablement satisfaite, mais j'ai à présent même hâte de retourner demain en cours, juré. Putain et je sais que si seulement je me mettais à lire tous ces bouquins, ça me passionnerait. Qu'on ne me demande juste pas d'écrire des rapports dessus, Bon Dieu.
Comme une clocharde, je suis allée bouffer dans le couloir des salles informatiques 24/7 de la Faculté de Médecine (les distributeurs sont là et te vendent tout ce dont tu as besoin pour être heureux). Ensuite j'ai vu Terka l'après-midi ; on a parlé tchèque, étudié un peu de grammaire anglaise, lu Vančura, et je lui ai parlé de mon envie de me joindre à un groupe de théâtre en tchèque. Elle a dit qu'elle se renseignerait pour moi. Ce soir Kathleen est allée voir les camarades Aussies pour préparer la présentation de mercredi, ce qui m'a fait un peu de vacances (j'ai décidément désespérément besoin de solitude et de tranquillité ; ne serait-ce que pour me livrer à tous mes rituels honteux en paix). J'ai maté du Dawson's Creek sur YouTube (c'est la faute de quelqu'un qui m'a remis cette série de notre adolescence dans le crâne ! et dans une humeur nostalgique comme est la mienne ces temps-ci, c'est juste impossible de résister à la tentation de s'y replonger...), j'ai bouffé, j'ai pris une douche. Vive la douche. La douche nous sauvera tous, pécheurs impénitents.
dimanche 11 novembre 2007
Spleen d'automne
Il a dû neiger une bonne partie de la nuit et de la matinée. Ça a commencé vers minuit, quand j'ai quitté Katcha et ses amis, Stáňa et son copain à la gare, et que chacun a pris son bus de nuit. Quand je suis sortie tout à l'heure, il y avait au sol quinze bons centimètres de poudreuse au sol, et de la slush plein les rues. Dément. Je suis rentrée désabusée, faute d'être arrivée à quoi que ce soit à la bibliothèque. Il n'est pas cinq heures mais il fait déjà sombre. Je suis toute seule (ce qui ne m'empêche pas d'appréhender le retour de Kathleen), j'ai encore une montagne de choses à faire avant ce soir et j'ai l'impression de me désagréger lentement.
Cette nuit, d'environ deux à cinq heures et demie, tout en me trouvant dans un état de fatigue indicible, j'ai papoté sur MSN Messenger avec Yannick. Je crois que nous avions en fait toute une vie de conversations à rattraper. Nos derniers échanges, qui s'apparentaient davantage à des parodies absurdes qu'à des discussions privées, remontent à plus de trois ans. Je ne crois pas, du reste, que j'aurais pu à cette époque, même si je l'avais voulu, discuter normalement avec lui. Il m'impressionnait trop, et j'étais alors trop complexée par ma bêtise pour oser. Yannick, voyez-vous, a été sacré par moi il y a trois ans "individu le plus extraordinaire et le plus parfait de l'espèce humaine", et il est hors de question que je change d'avis. Au diable les gens qui changent d'avis ! Ce sont des lâches, des traîtres, des idiots. Aussi j'ai dit que s'il n'était pas gay, s'il n'avait pas l'intention d'attendre 30 ans pour avoir des enfants (il en a actuellement 22) et s'il n'avait pas une copine, il faudrait qu'il m'épouse. Mais pour les raisons énoncées, plus le fait qu'il soit terriblement grand (6'3"), je ne l'épouserai pas, bien sûr. J'aimerais bien par contre le rencontrer.
Vous me direz que je suis terrible, avec mon mariage et mes enfants. Yannick a dit que ce n'était pas la vie qu'il m'avait imaginé souhaiter. Femme au foyer. C'est curieux, comme cet état évoque pour la plupart des gens un renoncement, un manque d'ambition et d'aventures. Mais que vaut l'ambition et l'aventure en solitaire ? Très peu pour moi, merci. J'ai l'impression d'y perdre mon souffle, d'y gaspiller mon énergie. Comme je le répète constamment, par exemple, le travail en tant qu'emploi est une chose absolument ingrate, à laquelle pour rien au monde excepté une famille la dignité et la liberté humaine ne seraient prêtes à se soumettre. Sacrifier une famille à une carrière, c'est comme commettre un meurtre par pur désir de finir en prison.
Aujourd'hui ce salaud de Zdeněk (parce que c'est un salaud) a décidé de m'insulter par SMS dans un insaisissable accès de malignité que m'a valu Dieu sait quoi. Quel connard. Je ne l'ai jamais respecté outre mesure, j'avais même comme projet de lentement me faire oublier par lui ; n'empêche que ça fait mal. Personne n'aime être traité comme de la merde, surtout après qu'on a insisté pour te dire que t'étais intéressante, sûrement pas une mauvaise personne, et qu'il n'y avait pas de raison que les gens ne t'aiment pas. Donc je ne comprends pas. De la méchanceté gratuite ? Bien sûr, ça devait tomber sur moi, dans une période où mon moral vacille. C'est frapper un homme à terre.
Cette nuit, d'environ deux à cinq heures et demie, tout en me trouvant dans un état de fatigue indicible, j'ai papoté sur MSN Messenger avec Yannick. Je crois que nous avions en fait toute une vie de conversations à rattraper. Nos derniers échanges, qui s'apparentaient davantage à des parodies absurdes qu'à des discussions privées, remontent à plus de trois ans. Je ne crois pas, du reste, que j'aurais pu à cette époque, même si je l'avais voulu, discuter normalement avec lui. Il m'impressionnait trop, et j'étais alors trop complexée par ma bêtise pour oser. Yannick, voyez-vous, a été sacré par moi il y a trois ans "individu le plus extraordinaire et le plus parfait de l'espèce humaine", et il est hors de question que je change d'avis. Au diable les gens qui changent d'avis ! Ce sont des lâches, des traîtres, des idiots. Aussi j'ai dit que s'il n'était pas gay, s'il n'avait pas l'intention d'attendre 30 ans pour avoir des enfants (il en a actuellement 22) et s'il n'avait pas une copine, il faudrait qu'il m'épouse. Mais pour les raisons énoncées, plus le fait qu'il soit terriblement grand (6'3"), je ne l'épouserai pas, bien sûr. J'aimerais bien par contre le rencontrer.
Vous me direz que je suis terrible, avec mon mariage et mes enfants. Yannick a dit que ce n'était pas la vie qu'il m'avait imaginé souhaiter. Femme au foyer. C'est curieux, comme cet état évoque pour la plupart des gens un renoncement, un manque d'ambition et d'aventures. Mais que vaut l'ambition et l'aventure en solitaire ? Très peu pour moi, merci. J'ai l'impression d'y perdre mon souffle, d'y gaspiller mon énergie. Comme je le répète constamment, par exemple, le travail en tant qu'emploi est une chose absolument ingrate, à laquelle pour rien au monde excepté une famille la dignité et la liberté humaine ne seraient prêtes à se soumettre. Sacrifier une famille à une carrière, c'est comme commettre un meurtre par pur désir de finir en prison.
Aujourd'hui ce salaud de Zdeněk (parce que c'est un salaud) a décidé de m'insulter par SMS dans un insaisissable accès de malignité que m'a valu Dieu sait quoi. Quel connard. Je ne l'ai jamais respecté outre mesure, j'avais même comme projet de lentement me faire oublier par lui ; n'empêche que ça fait mal. Personne n'aime être traité comme de la merde, surtout après qu'on a insisté pour te dire que t'étais intéressante, sûrement pas une mauvaise personne, et qu'il n'y avait pas de raison que les gens ne t'aiment pas. Donc je ne comprends pas. De la méchanceté gratuite ? Bien sûr, ça devait tomber sur moi, dans une période où mon moral vacille. C'est frapper un homme à terre.
mardi 6 novembre 2007
Il a neigé
Ce matin quand je me suis réveillé, il neigeait à gros flocons. Ça a tenu toute la matinée, et puis ça a fini par fondre, ne laissant qu'un paysage trempé. Depuis il pluviote.
Je suis rattrapée par une période mystique. Mystique à la Franny Glass, dirons-nous. Dans le bouquin, Franny a vingt ans (comme moi, après tout) et s'embourbe dans une vision religieuse fausse et foireuse, de laquelle la tire son grand frère Zooey. Ce qui est drôle, c'est que la première fois que je l'ai lu, je m'identifiais davantage à Zooey qu'à Franny, toutes proportions gardées — Zooey étant quand même un sacré numéro — l'homme idéal s'il en est. Mais j'imagine que l'on en apprend tous les jours. Du reste, chez Salinger, exactement comme chez Gombrowicz (et d'où leur étiquette d'inatteignables au sommet de mon podium), si les vérités que j'y trouve m'apparaissent évidentes en tant que telles, pour ce qui est de leur fond en revanche, il n'est pas exclu qu'elles me dépassent la plupart du temps un peu ou en partie. Ainsi quand Alice (alias Alicja) supplie son fiancé d'aller ronger avec elle l'os que le cuisinier vient de jeter à la poubelle, parce qu'elle est persuadée de trouver dans cet acte le sens de la vraie vie, ce n'est pas sans une certaine malice que je répète pleine d'admiration : mais c'est juste ça ! (This is it.)
"Adrian VI, elected Pope in 1522, was a man of piety and learning; he valued the ascetic life, was strictly virtuous himself, and saw with clear eyes the corruption of the church. He woud have cleaned the Augean stables if he could, would have disciplined the monastic orders and the secular clergy, and would have banished the sordid sale of indulgences, the simony, nepotism, and immorality that made Rome a scandal. He found the task too huge. The curia could not pay its way without selling indulgences; and to cancel, as he wished to do, the whole system of papal exactions — reservations, indults, exemptions, expectancies – would have left stranded a host of ecclesiastical lawyers in Rome who had spent all their substance to buy their places in the curia. He dies, a defeated reformer, the year after his induction."
"He [Luther] did not trust himself to save his soul amid the temptations of the outer world; he saw no way to do it except by the austerities of a monastery."
(Harry Emerson Fosdick, 1952, in Great Voices of the Reformation: An Anthology)
Il ne fait aucun doute que ma vraie vocation est celle d'un théologien chrétien pendant la Renaissance. De nos jours, hélas, les conditions sont mal réunies pour permettre l'épanouissement d'un tel métier. Enfin je ne sais pas, mais tout a perdu son charme. Un de ces jours il faudra trouver des compagnons de route et se lancer avec eux dans un périple à la Joseph Andrews (Henry Fielding, 1742).
Le problème de beaucoup de Tchèques, c'est que sans y songer, ils voient encore le monde en bipolaire, et que si le communisme c'est pas cool, alors le capitalisme c'est la panacée. Le guide qui nous a fait visiter l'hôtel de ville samedi à Olomouc, répondant à la question de Kathleen, expliquait qu'au temps du communisme, comme il était interdit d'avoir un palais rien qu'à soi, on avait découpé tous les vieux immeubles du centre-ville en petits appartements à loyer modéré, et que certaines personnes y vivaient encore avec un contrat incassable malgré le changement de régime et des législations. J'ai dit alors que c'était normal, après tout, qu'on n'allait pas foutre ces pauvres gens hors de chez eux sous prétexte que désormais à cause de la spéculation immobilière, ils devraient payer autant que des gens riches seraient prêts à y mettre. Lui il avait l'air de trouver ça honteux. Que le loyer fixé parfois fût si bas qu'il ne couvrait même pas les réparation que des immeubles aussi vieux nécessitaient, et que cela empêchât les gens riches, ces malheureux, d'en devenir les nouveaux propriétaires méritants. Conclusion : tout s'achète. Il n'y a plus de moralité dans notre monde occidental démocratique supérieure à l'argent.
Je suis rattrapée par une période mystique. Mystique à la Franny Glass, dirons-nous. Dans le bouquin, Franny a vingt ans (comme moi, après tout) et s'embourbe dans une vision religieuse fausse et foireuse, de laquelle la tire son grand frère Zooey. Ce qui est drôle, c'est que la première fois que je l'ai lu, je m'identifiais davantage à Zooey qu'à Franny, toutes proportions gardées — Zooey étant quand même un sacré numéro — l'homme idéal s'il en est. Mais j'imagine que l'on en apprend tous les jours. Du reste, chez Salinger, exactement comme chez Gombrowicz (et d'où leur étiquette d'inatteignables au sommet de mon podium), si les vérités que j'y trouve m'apparaissent évidentes en tant que telles, pour ce qui est de leur fond en revanche, il n'est pas exclu qu'elles me dépassent la plupart du temps un peu ou en partie. Ainsi quand Alice (alias Alicja) supplie son fiancé d'aller ronger avec elle l'os que le cuisinier vient de jeter à la poubelle, parce qu'elle est persuadée de trouver dans cet acte le sens de la vraie vie, ce n'est pas sans une certaine malice que je répète pleine d'admiration : mais c'est juste ça ! (This is it.)
"Adrian VI, elected Pope in 1522, was a man of piety and learning; he valued the ascetic life, was strictly virtuous himself, and saw with clear eyes the corruption of the church. He woud have cleaned the Augean stables if he could, would have disciplined the monastic orders and the secular clergy, and would have banished the sordid sale of indulgences, the simony, nepotism, and immorality that made Rome a scandal. He found the task too huge. The curia could not pay its way without selling indulgences; and to cancel, as he wished to do, the whole system of papal exactions — reservations, indults, exemptions, expectancies – would have left stranded a host of ecclesiastical lawyers in Rome who had spent all their substance to buy their places in the curia. He dies, a defeated reformer, the year after his induction."
"He [Luther] did not trust himself to save his soul amid the temptations of the outer world; he saw no way to do it except by the austerities of a monastery."
(Harry Emerson Fosdick, 1952, in Great Voices of the Reformation: An Anthology)
Il ne fait aucun doute que ma vraie vocation est celle d'un théologien chrétien pendant la Renaissance. De nos jours, hélas, les conditions sont mal réunies pour permettre l'épanouissement d'un tel métier. Enfin je ne sais pas, mais tout a perdu son charme. Un de ces jours il faudra trouver des compagnons de route et se lancer avec eux dans un périple à la Joseph Andrews (Henry Fielding, 1742).
Le problème de beaucoup de Tchèques, c'est que sans y songer, ils voient encore le monde en bipolaire, et que si le communisme c'est pas cool, alors le capitalisme c'est la panacée. Le guide qui nous a fait visiter l'hôtel de ville samedi à Olomouc, répondant à la question de Kathleen, expliquait qu'au temps du communisme, comme il était interdit d'avoir un palais rien qu'à soi, on avait découpé tous les vieux immeubles du centre-ville en petits appartements à loyer modéré, et que certaines personnes y vivaient encore avec un contrat incassable malgré le changement de régime et des législations. J'ai dit alors que c'était normal, après tout, qu'on n'allait pas foutre ces pauvres gens hors de chez eux sous prétexte que désormais à cause de la spéculation immobilière, ils devraient payer autant que des gens riches seraient prêts à y mettre. Lui il avait l'air de trouver ça honteux. Que le loyer fixé parfois fût si bas qu'il ne couvrait même pas les réparation que des immeubles aussi vieux nécessitaient, et que cela empêchât les gens riches, ces malheureux, d'en devenir les nouveaux propriétaires méritants. Conclusion : tout s'achète. Il n'y a plus de moralité dans notre monde occidental démocratique supérieure à l'argent.
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