lundi 26 novembre 2007

Buzerant

Mettons que ma relative frénésie à apprendre des langues étrangères dissimule au fond une certaine impuissance à communiquer et à m'exprimer, à laquelle je tente par là vainement d'échapper. J'ai recommencé à écrire et j'ai recommencé à écrire en anglais, un truc auquel je ne m'étais pas essayée depuis plus de trois ans. Avec un peu de volonté, après s'être remise dans le bain, j'estime que mon niveau d'anglais est à peu de chose près équivalent à celui que j'avais alors. L'impression de handicap, d'insensibilité nerveuse liée au caractère non-maternel de la langue est identique. Le soulagement compensatoire, en revanche, à défaut d'avoir disparu, s'est réduit comme une peau de chagrin. J'écrivais auparavant en anglais avec le sentiment d'y trouver une liberté et un pouvoir que je n'avais pas en français... Désormais celui-ci a trouvé son pendant. La non-traductibilité est à double-sens, et je ne me satisfais plus de l'anglais, pas plus que du français, qui toujours pèchent en étant l'un sans être l'autre.

À la place de lire les bouquins au programme de mon cours de littérature (à commencer par Bruno Schulz, qui m'effraie... parce qu'il rend tolérable une façon d'écrire qui ne doit pas l'être !), j'ai feuilleté, c'est-à-dire lu de bout en bout mais en sautant des passages, "Pravidla Vášně", qui n'est autre que la traduction tchèque du roman de Bret Easton Ellis, "The Rules of Attraction". Hérésie ! a-t-on envie de crier ; un livre dont on peut lire la version originale ne souffre pas d'être lu traduit ! (En même temps je n'avais pas trop le choix, puisqu'ils n'avaient pas la version anglaise.) Néanmoins j'ai bien aimé. Je lisais les dialogues dans ma tête avec l'intonation tchèque, et ça passait rudement bien aussi. "Fakt, jo?" "Jasný." Ça et puis j'ai appris pas mal de mots utiles, qu'on ne trouve pas sur seznam.cz. "Tak s kým mrdáš?"

Ce n'est même pas mon genre de littérature, Ellis. Très peu pour moi, en fait, dans un sens. Et quand je le lis en anglais, je me dis que j'ai tort de me torturer avec mon style, qu'en anglais le mien vaut bien le sien. Encore une fois ce qui importe est le fond. Genre il avait de temps en temps des petits éclairs, le Bret, qui me faisaient exploser de rire, surtout quand il fait parler Paul. J'aime bien Paul.

À propos d'anglais, je me suis décidée à aller travailler l'été prochain en Angleterre. Mais franchement éviter les boulot de serveuse, si je peux. Vous me direz, qu'est-ce que je veux donc faire à la place ? Sauf que je vous répondrai que ça me regarde, que c'est mon secret, et que des secrets comme ça j'en ai plein, non mais s'il y en a qui se figurent que je raconte tout sur mon blog... Je ne suis pas George Orwell, moi : je ne condense pas en quelques mois l'expérience de six ans. J'étale bien plutôt en labeur de six ans l'expérience de deux mois. Bizarrement j'ai envie de bouffer du gâteau.

2 commentaires:

Dawncloack a dit…

Pour moi, c'est incomprensible que l'envie manger du gâteau soit bizarre. :)

Il faut pas trop penser au style: tant qu'il y a, du style, c'est bon.

Je ne suis pas 100% d'accord que lire un livre traduît soit hérésie. Il faut tout simplement accepter que on lit un livre different, dont l'autor n'est plus X, mais X + Traducteur.

Bien que célà puisse paraître un argument escapiste.

J'ai recemment relu en Russe un de mes livres favorites, En terre étrangère (titre original : Stranger in a Strange Land). C'est la première fois que je vois la traduction française et je pense qu'elle ne le fait pas justice. Et bon, un traducteur sans experience (et alors mon argument à la poubelle) où la citation biblique change autant en Français?

Mais je me perds, j'allais dire que la traduction au russe est brilliant, du vrai plaisir à lire. Ce n'était seulement bonne, c'était un autre roman, mais un bon roman.

J'imagine que, si le traducteur est bon, il est moins traître.

Ms. Albicocca a dit…

Tout est potentiellement bizarre, pourvu que le contexte soit le bon (ou plutôt le mauvais...).

Oui, et j'avais bien recommencé à lire "Idiot" en tchèque au début de l'année, après l'avoir lu cet été en partie en français et en partie en anglais. Je le lisais sur place et quelqu'un a emprunté la version française alors que j'en étais tout juste aux premiers chapitres. En parlant de style, j'ai d'ailleurs finalement mieux aimé celui de la traduction anglaise.

Je ne connais pas la citation biblique que tu mentionnes, mais ça me fait penser à "Ziemia obiecana", de Reymont. Le titre veut dire texto "La terre promise", mais pour une raison inconnue, il a été traduit en français par "La terre de la grande promesse".