Němčina mi drží v srdci. Aujourd'hui j'étais à Bratislava avec les Polonais, qui votaient à l'ambassade, et d'autres gais lurons qui, comme moi, les accompagnaient. Ou comment une expérience en soit mitigée se solde, à la fin des fins, par une satisfaction curieusement vive. Je leur écrirai des lettres d'adieux, à tous ces gens-là qui partent au terme du semestre d'automne. Du moins me prends-je à rêver de le faire.
Varsovie était chouette. Toruń aussi, quoique trop court. Je suis à sec, j'ai plus un rond ; pourtant dans la ville de Copernic Christof m'a tout payé. On est allé bouffer dans un bar mleczny tout décoré en l'honneur du film "Miś", pas vu mais à peu près culte en Pologne. J'étais bien contente de le revoir, Christof. Son pote Tomek était sympa, il nous a raconté un tas de trucs fascinants : la campagne polonaise, les élections prochaines, les bâtiments de Toruń. Malgré tout je garde un sentiment de ce voyage en Pologne comme d'une excitation globalement décroissante. Peut-être parce que ce retour mercredi 17 fut si plat, monotone, tandis que l'aventure avait démarré le 12 complètement sur les chapeaux de roues, pour le meilleur et pour le pire. La Pologne est un endroit surréel. Je ne sais comment m'exprimer... se rendre en Pologne n'est pas moins grisant et dévastateur que de changer de planète dans les romans de science-fiction.
Le 13 j'ai bu de la vodka (Żołądkowa gorzka) avec Kostia, le copain de Jana (dont c'était la fête d'anniversaire, et qui nous avait auparavant régalé de halušky maison), et Janek, un Biélorusse rencontré par elle cet été à Cieszyn. Trois verres. Dépassé la limite. À la fin du trajet jusqu'à Varsovie-centre en bus de nuit, je me suis soudain sentie mal. Magda ou Ola a ouvert la fenêtre et j'ai dégueulé sur la route... Déchéance. Et cependant en me quittant Magda et Ola riaient, s'inquiétaient de savoir si j'allais sans encombre rentrer à la maison, et l'une d'elle a même dit : "jesteś super", ce que je n'étais évidemment pas du tout. Mais boire en Pologne n'est pas comme boire en France. En France on n'a même pas envie d'être jamais trop bourré, comme par pudeur. En Pologne on ne se connaît pas, ou peu, mais si ces gens sont des gens bien, tu sais qu'ils te seront solidaires jusqu'à la fin.
Ce soir-là en rentrant chez Marko (parti à un festival de musique) je me suis gourée de numéro. Marko habite au 5, et comme une gourde j'allais essayer la clef à la porte d'entrée du 7 (et m'apercevoir bien vite de mon erreur), quand le gardien de nuit, pris d'un empressement inhabituel dans ce genre de boulot, m'ouvre et me tient la porte. Du coup je me retrouve à parcourir des couloirs que je ne reconnais pas. Devant la porte 37, je me convainc que je suis dans le mauvais immeuble, et prend la direction de la sortie. Le gardien a dû se demander ce que je foutais, mais après tout c'est de sa faute.
Le dimanche je suis allée déjeûner avec Agnieszka et sa coloc' Viktoria. Agnieszka est une Polonaise qui a vécu presque toute sa vie en Allemagne, qui était dans mon groupe au Polonicum 2006, avec Asia, Żenia, Claudia et les autres. Le contact entre nous s'était totalement interrompu, jusqu'à ce qu'elle me repère sur facebook et s'enthousiasme à l'idée de me revoir (elle fait son année Erasmus à Varsovie). Ça m'avait un peu surpris, quoique fait plaisir ; je conserve en effet un souvenir très timoré (sans doute à tort, mais qu'y puis-je ?) vis-à-vis de mes camarades du groupe dwadzieścia, ce qui doit expliquer que j'aie fait cette année tout un plat à propos de Żenia. En parlant de Żenia, qui devait également venir étudier à Varsovie, Agnieszka m'a appris que le plan avait capoté, l'unique condition qui s'y opposait s'étant, contre tout espoir, réalisée. Et il y en avait d'autres qui, en 2006, s'étaient promis de passer au moins cette année à Varsovie : Agnieszka l'a fait, mais finalement qui d'autre ? Une sorte de nostalgie m'a prise alors, et j'ai songé au temps comme à la marée sur la plage, qui passe dessus, émousse, efface et ça ne fait même pas mal, ces dessins qu'on a tracé dans le futur avec tant d'ardeur. J'avais le cœur un peu pincé. D'autant que moi aussi, j'ai cette idée d'aller étudier à Varsovie l'an prochain. Ville promise ou maudite ?
Pour ce qui est d'Asia, que je pensais également rencontrer, elle ne sera à Varsovie qu'en novembre, alors nous nous sommes pour ainsi dire loupées.
dimanche 21 octobre 2007
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