samedi 9 juin 2007

Le pari de Pascal

J'avais une idée, une idée folle, celle d'aller à Berlin cet été, bientôt, dans deux semaines. Je me disais que d'un point de vue symbolique, il était nécessaire que cette idée se réalisât, car c'est ainsi que l'on se prouve que l'on est sorti de l'impuissance de l'enfance, c'est lorsque l'on se met à réaliser les idées folles que l'on a. Du reste, j'ai connu depuis l'été dernier un besoin croissant de fuite, et bien sûr que c'est lâche, mais par pitié, que l'on nous autorise cette lâcheté ! Mon souci principal, actuellement, est qu'un voyage à Berlin, ça coûte de l'argent, beaucoup plus d'argent à vrai dire que je n'en ai. Aussi, si j'étais raisonnable, comme ma mère aimerait que je le sois, peut-être que j'abandonnerais cette idée folle ; ce serait toujours autant de sous d'économisés. Mais voyez-vous, quel que soit le malaise général que j'éprouve vis-à-vis du fait de dépenser, et quoique la culpabilité me tenaille de vivre sur les revenus de mes géniteurs, sur ce point précis il me semble soudain plus dégoûtant d'économiser, ce qui équivaudrait à une sorte de "masochisme pusillanime", que de claquer, claquer cette thune que je n'ai pas, mais qu'ils ont, eux — car un tel acte, si dépourvu d'excuse, d'honneur et de légitimité, ne peut être dès lors que désespéré.

Je me lave désormais les dents environ une fois tous les deux jours. J'ai dans la bouche un trou, que je ressens comme un manque, une absence. "Une seule dent vous manque et tout est dépeuplé." J'avoue entretenir l'espoir secret de ne pas avoir à subir d'anesthésie générale ni l'opération qui la nécessiterait, bien que l'on m'ait promis de jolies complications si l'on me laissait en l'état. J'ai dans la bouche un trou. J'ai dans ce trou une épée de Damoclès.

Hier soir nous avons regardé "Ma nuit chez Maud" (Eric Rohmer, 1969).

J'ai mis les Carpenters. Il fait chaud et je ne vais pas voter.

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